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SETCa Liège > News > Révolution numérique : Repenser notre modèle social

 

Le texte ci-dessous a été publié sur le site de l'Echo le 07.11.2016 sous le titre "Face à la révolution numérique, il faut repenser notre modèle social". Voir ici

 

Jobs, jobs, jobs dit le gouvernement dirigé par le Mouvement des Riches en alliance avec une droite flamande comportant des composantes que l’on peut qualifier d’extrême droite[1]. Or ces dernières semaines, les nouvelles de licenciements collectifs importants ne cessent de tomber. Et si création d’emplois il y a, ceux-ci sont précaires. Ce qui est un des facteurs d’explications de la hausse de la pauvreté en Belgique alors que le gouvernement peut montrer des chiffres positifs de création d’emplois.

Profitant de tous les avantages octroyés pour les attirer, utilisant au maximum les mécanismes légaux d’évasion fiscale, et partant du jour au lendemain en laissant à la collectivité la charge des conséquences de leur départ et de la casse sociale… les exemples de Caterpillar et d’ING illustrent combien les multinationales sont d’un cynisme absolu. Dans les deux cas, les directions ont évoqué diverses raisons structurelles pour tenter de justifier leur décision. Parmi celles-ci on retrouve évidemment le coût du travail en Belgique ainsi que les évolutions technologiques liés à la révolution numérique.

Sur le coût du travail, depuis des années, le baromètre socio-économique de la FGTB démontre chiffres à l’appui qu’il n’est pas un réel problème[2]. Mais que le vrai problème est aujourd’hui le coût du capital ! C’est la hausse sans limite des dividendes versés aux actionnaires qui pose question et qui explique les restructurations majeures auxquelles nous assistons. La rémunération du capital est très clairement aujourd’hui totalement déconnectée de l’économie réelle tandis que la rémunération du travail ne permet plus à toutes les personnes qui se lèvent tôt pour travailler dur de survivre. Cette réalité du capitalisme, il est temps de la remettre au cœur des discussions politiques et d’arrêter les cadeaux fiscaux aux entreprises comme le fait ce gouvernement. Mais plus largement, elle repose la question de la répartition des richesses. Cette répartition des richesses qui est également au cœur des enjeux de la révolution numérique.

Cette révolution numérique dont on parle tant bouleverse le monde économique, mais plus largement pose des questions à notre société, à notre manière de vivre ensemble[3]. Au niveau du monde économique, elle ne bouleverse pas que les modes de production, qu’ils soient industriels ou de services, mais elle commence à remettre en cause le monde du salariat sur lequel notre modèle social s’est construit progressivement. Le salariat, né des besoins du capitalisme de regrouper la main-d’œuvre dans de grands ensembles pour la contrôler et rentabiliser les investissements en machines, se délite aujourd’hui devant la mutation du capitalisme qui n’a plus ces mêmes besoins.

Un récent colloque tenu à l’ULg[4] questionnait ces nouvelles réalités et a souligné combien les intermédiations à (re)construire allaient jusqu’à demander de repenser l’articulation entre le marché et la démocratie.

Pour nous, syndicalistes, il est important de réfléchir et de se positionner sur quelques pistes :

-        La réduction collective du temps de travail. Revendication historique du mouvement ouvrier, celle-ci n’a jamais disparu des textes syndicaux et revient depuis ces derniers temps au cœur de l’actualité. Au-delà de l’aspect de la conciliation vie professionnelle – vie privée, cette solution est aussi un outil, quand elle est sous une forme collective, de redistribution des richesses visant à rendre aux travailleurs une partie du bénéfice des hausses de la productivité sous une forme non purement salariale. Au-delà des modalités pratiques, cet objectif de justice sociale ne doit jamais être oublié.

-        Le fonctionnement de la sécurité sociale. Consécration d’une volonté d’assurer à tous un niveau décent de vie, la sécurité sociale est aujourd’hui menacée dans ses fondements. Que ce soit au niveau du financement comme de son accessibilité. Les parcours de vie, les carrières professionnelles sont de plus en plus diversifiés et ne rentrent plus dans un schéma basé sur le salariat à temps plein en CDI. Une refonte totale du système pour en maintenir le principe d’une colonne vertébrale à la cohésion sociale d’une société basée sur le progrès humain est indispensable. Une des pistes de financement pourrait être l’adaptation de la taxe sur la force motrice à la nouvelle réalité numérique.

-        La concertation sociale. On le constate depuis deux ans, la concertation sociale qui faisait de la Belgique un modèle est aussi sous tension. Au niveau interprofessionnel certes, mais aussi au niveau le plus proche des travailleurs. L’atomisation des entreprises menace d’obsolescence les principaux organes de concertation sociale qui devront être repensés tant au niveau de leur mission que de l’abaissement des seuils d’établissement.

-        Les organisations syndicales. Au-delà des réformes législatives, rapprochement des statuts employés-ouvriers et des commissions paritaires principalement, en cours qui nécessiteront des adaptations structurelles, les mutations profondes du monde du travail que nous avons décrites doivent nous interpeller si nous ne voulons pas que la fin du salariat coïncide avec la fin des syndicats. Les formes comme les modes de fonctionnement devront donc changer.

Nous sommes conscients que le chantier est vaste. Mais c’est aujourd’hui que nous nous devons de repenser notre modèle social à l’aune de la révolution numérique afin d’être des acteurs du changement et non des spectateurs de bouleversements aux conséquences encore difficilement mesurables mais dont on constate déjà qu’elles ne seront pas favorables à la majorité.

Égidio Di Panfilo, Secrétaire Général du SETCa Liège-Huy-Waremme



[1] Le constat que nous faisions dans L’Echo en octobre 2014 dans notre texte Antifasciste réveillons-nous !, n’a fait que se confirmer depuis .

[2] Voir sa dernière édition parue la semaine dernière disponible sur le site www.fgtb.be

[3] Voir notre opinion Vers un monde sans travailleur paru dans L’Echo en février 2014

[4] Transformation du  marché du travail et dispositifs d’intermédiation, Colonster, 30 septembre 2016