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SETCa Liège > News > Une belle critique de notre livre de congrès

La recension ci-dessous du livre publié à l'occasion de notre congrès statutaire du 12.12.2012 

a été publiée dans le Bulletin d'information de l'Association belge d'histoire contemporaine, XXXVII, 2015-1.

 

COLS BLANCS, CŒUR ROUGE, LES COMBATS DES EMPLOYÉS, TECHNICIENS ET CADRES DU SETCa LIÈGE, HUY, WAREMME

 

Ce livre retrace l’histoire de la centrale des employés du syndicat socialiste dans la région Liège-Huy-Waremme. L’ouvrage a été réalisé par l’Institut d’Histoire Ouvrière et Sociale (IHOES) (pas tellement connu auprès des historiens flamands), établi à Seraing, le berceau industriel de Liège. Ce paysage économique dominé par l’industrie lourde constitue directement la spécificité du syndicalisme liégeois des employés : une grande partie des employés y étaient occupés dans l’industrie lourde.

 

Le livre a été écrit à la demande de l’organisation et retrace l’histoire de la centrale régionale de sa naissance en 1895 jusqu’en 2012. Des historiens ont participé à l’œuvre, mais des juristes, des économistes et des sociologues y ont également apporté leur contribution. L’aperçu historico-institutionnel de l’histoire de la centrale fait place à un certain nombre de chapitres consacrés à des conflits sociaux dans lesquels la centrale a joué un rôle de choix. Des chapitres thématiques passent des secteurs (non marchand, sidérurgie), groupes professionnels (imprimeurs) ou aspects (distinction juridique ouvrier/employé, transformations économiques) spécifiques à la loupe. Chaque chapitre est illustré joliment et judicieusement, surtout à l’aide de matériel des riches et originales collections de l’IHOES.

 

L’image véhiculée dans cet ouvrage est celle d’un syndicat combattif dans lequel les principes idéologiques jouent un rôle important. La centrale, qui avait de nombreux partisans et était dominante dans bon nombre de secteurs et d’entreprises, a joué un rôle de premier plan dans de nombreux conflits sociaux et évitait rarement la confrontation. D’où le focus sur de grands conflits emblématiques, qui rythment la structure du livre. Un article distinct est consacré à plusieurs conflits des années 1970 à 2010 (par exemple Marks & Spencer, GB, Memorex).

 

Le livre repose sur une étude approfondie, tant des archives que de la littérature. Contrairement à ce que l’on voit souvent, les résultats d’études précédentes, également d’historiens flamands, ont eux aussi été traités (par exemple, dans le chapitre sur les imprimeurs, dont l’organisation a été reprise dans la centrale des employés en 1998, il est abondamment fait référence à l’œuvre de Luc Peiren). Peu d’archives ont malheureusement été conservées pour les premières années. Les vides sont comblés partiellement à l’aide de la presse syndicale.

 

Cette centrale était initialement une organisation plutôt modeste qui, contrairement à Bruxelles, adhérait à la stratégie du POB. La centrale des employés n’a eu d’opportunités de croissance qu’après la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’André Renard a décidé de sortir les employés actifs dans le secteur du métal de la centrale des métallurgistes (de nombreux employés étaient des ouvriers qui avaient pris du galon). Une grande attention est portée aux leaders de la centrale, qui étaient en règle générale des militants d’entreprise qui avaient gravi les échelons. Les conflits (personnels) ne sont pas voilés. Les conflits sociaux sont bien choisis et offrent un regard de qualité sur le contexte socio-économique en mutation, ainsi que sur les stratégies syndicales modifiées y afférentes (comme la délocalisation des multinationales dans les années 80). Les différents articles soulignent également les changements au niveau de la tactique de grève.

 

Les contributions sont d’un haut niveau. Ainsi, l’exposé juridique à propos de la problématique du statut unique ouvriers-employés est d’une limpidité stupéfiante, et la position de la Cour constitutionnelle, qui a imposé la suppression de la distinction, est présentée de manière très nuancée. Plusieurs contributions de non historiens tentent de faire la lumière sur les évolutions futures. Contribution particulièrement intéressante, celle de Jean Faniel (CRISP), qui démontre de manière convaincante que l’importance des structures interprofessionnelles augmentera dans le mouvement syndical aux dépens du rôle des centrales, qui ont traditionnellement un poids de taille dans la FGTB.

 

Les auteurs et rédacteurs n’ont pas succombé à la tentation de ramener l’histoire à la question communautaire. Ainsi, Ludi Bettens souligne par exemple que les stratégies différentes en Flandre et en Wallonie lors de la fermeture de Marks & Spencer (en Wallonie, l’on a moins œuvré en faveur de primes de licenciement élevées, mais plutôt pour le maintien de l’emploi) sont liées à la difficulté de trouver un nouvel emploi dans la région liégeoise.

 

Le choix prononcé en faveur d’une approche interdisciplinaire est particulièrement réussi et permet au livre de dépasser le niveau d’un recueil occasionnel festif. Deux observations quelque peu en corrélation peuvent être formulées au sujet de cette publication. La première : elle ne consacre pas tellement d’attention à la concertation, qui est devenue dominante après la Seconde Guerre mondiale. Pour le reste, il aurait été bien de s’attarder un peu plus aux employeurs, car les rapports de travail (sur lesquelles le syndicalisme porte tout de même en grande partie) sont relationnels. Cet aspect n’est, il est vrai, pas complètement absent : la contribution d’Eric Geerkens y est consacrée, mais se focalise sur les stratégies des employeurs pour s’attacher leurs employés, et les articles à propos des différents conflits sociaux abordent brièvement les employeurs. Cet aspect méritait malgré tout un traitement plus général afin de pouvoir interpréter adéquatement l’évolution de la stratégie de la centrale liégeoise des employés.

 

Dirk Luyten, CEGESOMA