De manière très régulière le dossier du vieillissement et plus particulièrement du financement des pensions revient à la une de l’actualité. Les débats qui y sont liés sont très significatifs de la vision du vivre ensemble, du projet de société que l’on promeut. En Belgique, comme pour les autres matières faisant partie de la sécurité sociale, plusieurs systèmes cohabitent et dépendent du statut des personnes selon qu’elles sont indépendantes, fonctionnaires ou salariées. Dans ce dernier cas, il existe à ce jour ce que l’on nomme communément, mais abusivement, trois piliers de pensions. Le premier est une couverture universelle fonctionnant par répartition. Le deuxième est lié à l’entreprise via des assurances groupes. Le troisième est purement individuel et est une forme d’épargne. Très clairement, si l’on veut garantir effectivement une pension correcte aux travailleurs seul le 1er pilier, celui mis en place lors de la création de la sécurité sociale et qui est le fruit des luttes sociales du monde du travail, se doit d’être défendu et développé par un financement approprié provenant des revenus du capital. En effet, le 3e pilier de pension est une démarche purement individuelle dont le nom d’épargne-pension montre à lui seul qu’il s’agit en fait d’une forme d’épargne. Une épargne rendue avantageuse par la participation de l’état à son financement via la déductibilité fiscale d’une partie des montants investis. Loin d’être un progrès et une vision du 21e siècle, cette formule nous ramène plus d’un siècle en arrière lorsque l’état ne voulait pas intervenir réellement dans le champ social et luttait contre « l’imprévoyance » des classes populaires en favorisant l’épargne par un apport complémentaire à des dépôts au sein de la CGER qu’il venait de créer. Mais déjà le constat lucide devait être fait que tant que les salaires étaient de misère et permettaient juste de survivre, seul les plus aisés des travailleurs avaient les moyens de bénéficier de ce système. Aujourd’hui rien n’a changé. Les travailleurs, de plus en plus nombreux, qui bouclent leur fin de mois avec difficulté, quand ils y arrivent, sont dans l’impossibilité matérielle de participer à un 3epilier de pension. Des études montrent d’ailleurs que l’épargne pension est un effet d’aubaine pour ceux qui ont les moyens d’épargner. En cas de suppression de l’avantage fiscal, ces personnes se réorienteraient vers d’autres produits financiers plus avantageux. La question du vieillissement n’est donc pas ici le critère mais bien le gain financier et la publicité intensive sur ce type de placement. Notre position est donc très claire : il faut supprimer cet avantage fiscal et réinjecter les maximum 800 millions dans le financement du premier pilier. Le 2e pilier est tout aussi spéculatif que le 3e, nous y reviendrons. Comme syndicaliste nous devons faire notre autocritique. Oui nous avons, et négocions encore, des assurances groupes pour nos affiliés. Pas dans une logique de financement du vieillissement mais pour tenter de compenser l’absence de possibilité de négocier des hausses salariales brut. Tous nous devons reconnaître que nous sommes à un moment ou l’autre entrés dans cette logique, souvent poussé dans le dos par les affiliés, endoctrinés par les médias et le discours alarmiste du monde politique, qui sont incapables de se constituer un 3e pilier. Cette contradiction, nous devons la dépasser par deux victoires : la fin du blocage salarial et le financement suffisant du 1erpilier. Et pas en se lançant dans des débats techniques qui maintiendraient la forme d’hypocrisie quelque peu schizophrène dans laquelle nous nous inscrivons depuis des dizaines d’années. Ce débat n’est pas technique, il est politique ! Les 2e et 3e piliers sont donc des solutions qui divisent les travailleurs et ne sont accessibles qu’à une partie d’entre eux. Ceux qui ont un travail fixe dans une société plus ou moins importante. Tous ceux, notamment, pour lesquels la FGTB s’est encore mobilisée ce lundi 10 mars 2014 sont exclus de ces deux possibilités. De plus les fonds de pension qui sont alimentés par les 2e et 3e piliers sont des acteurs spéculatifs qui pour garantir des retours sur investissements à deux chiffres se comportent comme des prédateurs et déstabilisent l’économie réelle. Le dernier cas en date est celui des 1900 salariés d’Ascométal en France sous la coupe depuis 2011 d’un fonds d’investissement qui aujourd’hui tue une activité industrielle. Reste donc le 1er pilier par répartition. Le seul qui n’usurpe pas son qualificatif de pension car y est uniquement dédicacé et est universel en ce qu’il s’applique à tous. C’est ce 1er pilier qu’il faut renforcer. Pour cela il faut mettre fin au scandale que démontre une étude de l’OCDE qui place le taux de remplacement des pensions belges parmi les plus bas d’Europe. Les derniers chiffres tendent à montrer qu’il faudrait 2,5 milliards d’€ annuellement pour arriver au seuil des 75 % que prône la FGTB. Supprimer l’avantage fiscal du 3e pilier rapporterait, nous l’avons déjà dit, un maximum de 800 millions. Une partie du chemin est faite. Reste 1,7 milliards à trouver. Et cette somme, ce n’est pas aux travailleurs de la payer. Ce sont les revenus du capital qui doivent contribuer. La solution passe par une mesure que nous proposons depuis des années : la suppression des intérêts notionnels. Ceux-ci ont coûté à la collectivité 6,16 milliards d’€ à la collectivité en 2012. Une année où les dividendes des actionnaires ont progressé alors qu’en même temps des milliers d’emplois ont encore été sacrifiés. Il est temps de dire stop à ce pillage légalisé ! Le mécanisme d’une couverture universelle de la pension porté par le mouvement ouvrier avait pour but d’offrir un revenu de remplacement décent financé non pas par les travailleurs eux-mêmes mais par une logique de redistribution des revenus. Le 25 mai est une échéance importante. Continuerons-nous à développer des formules de partage de la misère comme nous le faisons depuis 30 ans ou reviendrons nous à une logique de redistribution de la richesse produite par les salariés ? Tandis que les dividendes ne cessent de gonfler, les revenus du travail ne cessent de diminuer. Le 25 mai c’est sur cette opposition capital-travail dont le dossier du financement des pensions n’est qu’une illustration, que les travailleurs se prononceront.
Égidio Di Panfilo, Secrétaire Général du SETCa-Liège |

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