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POINT DE VUE-« Avec votre programme, les travailleurs ne seront pas à la fête… mais ce sera leur fête ! »

31/12/2013 | FR / NL

Madame la Ministre,

Camarade,

 

Nous tenons à utiliser ce terme de Camarade pour vous rappeler que vous êtes toujours inscrite officiellement au SP.a, parti socialiste qui normalement a comme ligne politique la défense des plus faibles et une meilleure répartition des richesses. Si nous savons que depuis longtemps l’idée d’une société fonctionnant autrement que sous un système capitaliste a été abandonnée par une grande part de la social-démocratie, nous ne pensions pas que le renoncement aux valeurs et idées fondatrices de la gauche allait jusqu’à s’attaquer aux plus précarisés de notre société.

C’est pourtant le sentiment que nous avons eu en lisant votre « très instructive » interview dans L’Echo du samedi 21 décembre 2013. En cette période de fêtes, il est clair que les travailleurs, principalement les plus précaires d’entre eux, attendaient un autre message que celui que vous leur avez délivré. Pour ceux qui croyaient encore au Père Noël,  la désillusion sera grande. Au lieu d’un message d’espoir en une amélioration de leur situation, en un avenir meilleur, c’est un nouveau bain de sang social que vous leur annoncez. Votre programme fait penser à ces médecins du Moyen Âge qui, pour soigner les malades, pratiquaient la saignée. Faire couler le sang pour purifier le corps et le guérir, l’idéologie de la troisième voie continuera à nous effrayer chaque jour d’avantage.

Considérer, au niveau de l’harmonisation de la durée des préavis entre les ouvriers et les employés qu’il s’agit « d’un accord équilibré entre toutes les parties », est une façon biaisée de voir les choses. Tout d’abord cette mesure est uniquement un accord entre les partenaires de la majorité gouvernementale. Il n’est pas un accord entre les interlocuteurs sociaux, ni entre ceux-ci et le gouvernement. Ce n’est donc pas un bon signal concernant l’avenir de la concertation sociale à la belge. Quant à son aspect équilibré, nous le cherchons toujours. Les employés voient leur droit être raboté et le rattrapage pour les ouvriers est financé par la collectivité. Tout comme pour le jour de carence, c’est en effet les caisses de la sécurité sociale qui sont une nouvelle fois mises à contribution. Cette sécurité sociale, conquête des travailleurs, est de plus en plus menacée dans son existence même à force de multiplier les cadeaux fiscaux au patronat, effectuant ainsi un vol sur les travailleurs. Rappelons en effet ici que la différence entre le net et le brut (voire même le super brut) n’est pas une « charge patronale » mais une « cotisation sociale patronale » qui constitue la part socialisée du salaire. Et ce afin de résoudre la fameuse « imprévoyance » des travailleurs. Léon-Éli Troclet, un des pères de la sécurité sociale, était d’ailleurs « Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale » lors de la création de celle-ci au lendemain de la deuxième guerre mondiale.

Citer le nom de Troclet n’est pas innocent. Celui-ci déclarait que grâce à la sécurité sociale « Au point de vue socio-économique,  on ne s’est plus trouvé en présence de « travailleurs au rabais » qui, en raison de leur imprévoyance ou de leur non-assurance, étaient toujours prêts à accepter n’importe quel emploi à n’importe quelles conditions ». C’était cela le but des socialistes qui ont mis en place le système que nous connaissons. À lire votre conception du chômage, nous constatons que cette conception politique d’un instrument publique central n’est plus d’actualité pour vous. Nous ne pensions pas que le pragmatisme du SP.a rimait avec renoncement aux valeurs fondatrices du socialisme. Car osez dire que « du boulot, il y en a pour tout le monde » est une injure envers tous les travailleurs sans emploi (terme que nous préférons à chômeur, les mots sont importants et lourds de sens idéologiquement) qui multiplient les démarches pour s’en sortir. Votre égalité mathématique est aussi malhonnête intellectuellement que l’argument de l’extrême droite lorsqu’elle explique que « x immigrés dehors, c’est x emplois en plus pour les nationaux ». C’est affirmer une méconnaissance totale des réalités de terrain, ce qui est plutôt inquiétant pour une Ministre de l’emploi. Cela relève donc soit de l’incompétence, soit du mensonge. Nous ne sommes pas certains que l’un soit préférable à l’autre… Vous semblez pourtant bien consciente des conséquences de vos déclarations et des politiques que vous mettez en place quand vous soulignez que le système allemand a créé de l’esclavagisme. C’est le seul moment de votre interview où nous vous rejoignons.

Madame la Ministre, ce n’est pas en accentuant la misère sociale, en plongeant de plus en plus de travailleurs dans la précarité que l’on créera du lien social et que l’on relancera l’économie. Vous qui avez été présidente d’un grand CPAS, comment pouvez-vous ne pas voir le drame social que va constituer l’exclusion de 55.000 personnes des allocations de chômage suite à l’application de l’article 63 §2 ? Pour ne parler que de cette mesure. Ces personnes ne sont pas des statistiques, ne sont pas des « ressources humaines », ce sont des êtres de chair et de sang ayant souvent des enfants. Votre bilan politique ne sera-t-il atteint que lorsqu’il y aura 20% de personnes pauvres en Belgique ? Vouloir « poursuivre le gel des salaires », c’est continuer à appauvrir les travailleurs. Tout comme dire que l’on n’a pas touché à l’index alors qu’on le manipule dans son calcul afin d’en freiner la progression. L’inflation est mauvaise pour l’épargne, pour ceux qui vivent du capital. Elle n’est pas mauvaise pour ceux qui vivent de leur travail.

Madame la Ministre, ce n’est pas la finance qui crée l’emploi mais les travailleurs qui créent la richesse. Il est temps de renverser les logiques en cours. Au lieu de continuer à s’attaquer aux plus faibles et de faire payer les errements du capitalisme au revenu du travail, il serait temps que l’on ait le courage politique de s’attaquer aux revenus du capital par une révolution fiscale qui fera contribuer les revenus du capital. Ce serait cela une politique socialiste.

Entretemps, veuillez recevoir, Madame la Ministre, nos salutations.

Égidio Di Panfilo

Secrétaire Général SETCa-Liège