Voulez-vous devenir membre ?

Le SETCa, affilié à la FGTB, a pour vocation de défendre et de promouvoir les intérêts de ses membres tout en affirmant son engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, le respect des convictions de chacun, son refus de toute influence extérieure ou d’ingérence linguistique, philosophique ou religieuse, ainsi que son autonomie totale à l’égard des partis politiques.

Le SETCa n'accepte ni les idées ni les comportements racistes, xénophobes ou fascistes. L'adhésion à des partis ou des mouvements d'extrême droite est incompatible avec l'affiliation au SETCa.

POINT DE VUE-Syndicats ou actionnaires, qui sont les vrais irresponsables ?

04/04/2011 | FR / NL

Cette journée visait à matérialiser l’opposition de la majorité des travailleurs salariés de Belgique aux mesures décidées par le gouvernement suite au rejet de l’Accord Interprofessionnel. Contrairement à ce qui est dit dans les médias, ces propositions ne sont encore ni d’application, ni décidées. En démocratie parlementaire, elles doivent en effet passer devant le parlement où les parlementaires élus en juin 2010 devront prendre leur responsabilité. Si les députés Ecolo et Groen ont déjà fait savoir qu’ils apporteraient une série de proposition d’amendements visant à rejoindre les revendications des travailleurs, les autres partis semblent défendre la politique antisociale du gouvernement. C’est d’ailleurs pourquoi nous serons à nouveau dans la rue les 16 et 17 mars pour interpeller les différents partis démocratiques présents au parlement sur l’importance de leur vote. Et sur le fait que nous retiendrons celui-ci et en informerons nos membres pour les prochaines échéances électorales…

À ce titre, les déclarations dans la presse le vendredi 11 mars d’Elio Di Rupo[1], président du Parti Socialiste, ne sont pas pour rassurer le monde du travail. En tant que syndicalistes nous considérons que  notre responsabilité est envers les travailleurs et leurs familles. Le président du parti qui historiquement représente ceux-ci semble quant à lui préférer rejoindre le discours du patronat et considérer que sa responsabilité et celle de son parti sont envers les agences de notations, et partant envers le capital. Car comment interpréter autrement des déclarations qui soulignent que la « rigueur » (Di Rupo évite soigneusement le terme d’austérité) est inévitable et que près de 20 milliards d’Euros d’économie devront être trouvés. Visiblement les perspectives d’un parti qui se dit progressiste ne sont que dans les restrictions des dépenses. Ne sont que dans une logique libérale. Pour contrer l’augmentation injustifiée des prix de l’énergie, la solution envisagée ne passe que par un « observatoire » au pouvoir très peu coercitif. Il est vrai que l’on ne peut attendre d’un président socialiste qui a privatisé des entreprises publiques, sous le doux euphémisme de « consolidation stratégique », un discours prônant la nationalisation. Mais sans aller aussi loin on aurait pu espérer une réflexion non seulement sur les dépenses, mais aussi sur les rentrées. À commencer par une remise en cause du système des intérêts notionnels qui à elle seule permettrait déjà de trouver plus de 25% des 20 milliards recherchés. Sans parler des réductions de cotisations patronales qui affaiblissent le budget de la sécurité sociale sans que ne se concrétisent la contre partie en création d’emploi. C’est cela aussi, pour reprendre l’expression de Di Rupo, « dire la vérité aux gens »

Le discours patronal est connu. Il n’a pas changé depuis deux siècles et la naissance du capitalisme. « Nous devons veiller à notre compétitivité envers les pays étrangers », « augmenter les salaires en Belgique handicapera nos entreprises »… Dans ce cadre, être responsable se serait accepter, pour les travailleurs, de se serrer la ceinture. Ce serait accepter la régression sociale pour sauvegarder l’emploi.

C’est pourquoi les patrons considèrent que les syndicats sont « irresponsables » en réclamant plus de 0.3 % d’augmentation salariale en 2012 alors que l’indexation automatique des salaires leurs garanti déjà environ 4%[2]. Soit. Mais alors où se trouve la responsabilité dans les chiffres dévoilés par L’Echo fin de la semaine dernière ? Où se trouve la responsabilité des entreprises du Bel 20 qui annoncent fièrement une hausse globale de 33% de leur bénéfice par rapport à 2009[3] ? Où se trouve la responsabilité de se vanter d’un chiffre 100 fois supérieur à ce que l’on refuse aux 2,9 millions de travailleurs salariés, et par effet domino au 820.000 agents du service public[4] ? Selon le patronat il est presque indécent pour les travailleurs en Belgique de vouloir plus que l’index. Mais pour les actionnaires, la FEB et l’UCM ne voient aucune indécence au fait que les dividendes belges soient relevés de 15% en moyenne[5]. Et on voudrait que les travailleurs se taisent devant une limitation de leur augmentation salariale, hors index, de 0% en 2011 et de 0,3 % en 2012 ? Sans rire, le patronat se plaint donc qu’avec l’index « le dérapage salarial » serait d’environ 5%. Mais 15% ne semble pas pouvoir être appelé « dérapage des dividendes » ?

Devant ces chiffres, nous reposons la question : Qui sont les dirigeants responsables dans ce pays ? Les dirigeants syndicaux qui par la mobilisation essaie de maintenir, voire d’améliorer le niveau de vie des plus de 3,7 millions de travailleurs salariés (privé et public confondus) et de leurs familles ? Qui essaient de revaloriser les allocataires sociaux ? Ou les dirigeants des entreprises qui parlent de crise économique mais s’octroient des augmentations salariales plantureuses et rétribuent sans cesse mieux les actionnaires ? Qui par les demandes répétées de ne pas contribuer au financement de la sécurité sociale affaiblissent encore plus les mécanismes de la solidarité dans notre pays. Mécanismes qui empêchent 44% de la population d’être pauvres.

Devant cette irresponsabilité patronale qui ne voit que les profits à court terme, nous continuerons à mobiliser les travailleurs. Nous continuerons à être responsables envers ceux qui créent réellement la richesse dans ce pays, à être responsable envers les générations futures. C’est pourquoi nous donnons rendez-vous à toutes et tous dans les rues de Bruxelles le 24 mars.

Égidio Di Panfilo, secrétaire général SETCa-Liège


 

[1] Le Soir et L’Echo du vendredi 11.03.2011.

[2] Trends du mercredi 10.03.2011

[3] L’Echo du vendredi 11.03.2011

[4] Laurence Laloy, Structure et évolution de l’emploi public belge, Bureau fédéral du plan, octobre 2010, p.17

[5] L’Echo du jeudi 10.03.2011