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POINT DE VUE-La gauche au gouvernement doit se ressaisir !

20/11/2013 | FR / NL

Ces derniers jours, les informations constituant ou dénonçant un danger pour le monde du travail se sont multipliées. Elles concernent plusieurs niveaux de pouvoir, sont plus ou moins éloignées des travailleurs, mais toutes auront des conséquences directes sur ceux-ci. Ce qui nous amène à réagir – délibérément à plusieurs mois de l’échéance électorale pour permettre à la gauche au gouvernement de se ressaisir et de changer de cap. Il n’est pas trop tard, mais il est plus que temps !

Du global au local, les différents dossiers s’inscrivent bien dans une même logique : celle des renoncements de la gauche au pouvoir face à un capitalisme qui saisit sa chance historique de détruire les conquêtes sociales issues de plus d’un siècle de luttes des travailleurs.

Deux dossiers internationaux illustrent parfaitement ce renoncement le Traité budgétaire européen (TSCG) et le Traité transatlantique. Dans les deux cas, contrairement à un discours largement répandu, les jeux ne sont pas encore faits. Le Parlement wallon et celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne se sont toujours pas prononcés sur le TSCG. Si la majorité PS-Ecolo-CDH a clairement signifié son intention de voter le texte, la mobilisation ne s’est pas arrêtée : collectifs citoyens qui se mobilisent, interventions de la FGTB wallonne à plusieurs reprises… Les élus savent qu’ils ont le pouvoir de s’opposer à ce texte qui les privera demain encore un peu plus de leur marge de manœuvre et réduira considérablement notre démocratie. Le même scénario se dessine par rapport au Marché transatlantique qui continue à être négocié en dépit des risques immenses qu’il implique et des remontrances de Tartuffe envers l’espionnage US. Or, ces deux dossiers auront des effets directs. L’un sur les moyens pour l’Etat d’agir dans l’économie. L’autre en permettant à des multinationales de traîner en justice des Etats dont les décisions politiques ne seraient pas conformes à leurs intérêts[1] !

Ces deux dossiers internationaux limitent encore plus les possibilités de réguler – même timidement – le capitalisme. Au niveau national, cela voudra dire que seuls des efforts sur les dépenses publiques, et donc des attaques sur les services et les investissements publics et la sécurité sociale seront encore envisageables. C’est-à-dire des attaques frontales contre les travailleurs.

Mais le niveau national, c’est aussi un gouvernement qui a décidé de s’attaquer à la concertation sociale par le blocage des salaires et en imposant un « compromis » sur les préavis et le jour de carence jamais avalisé par les interlocuteurs sociaux. De plus, le Conseil d’Etat vient de tacler assez sèchement, s’interrogeant sur la légitimité du gouvernement à diminuer unilatéralement les délais de préavis du 1,7 million d’employés et soulignant notamment qu’il maintient des discriminations importantes .

Le niveau national, c’est un accord institutionnel qui renvoie vers les communautés, les régions et les communes une série de coûts collectifs sans en assurer le financement.

Au niveau local les signaux de détresse s’accumulent [2]. Pour la Wallonie, ce sont 35.000 travailleurs privés d’emploi qui seront exclus au 1er janvier 2015 des allocations de chômage sur base de l’article 36. Comment vont-ils (sur)vivre ? Comment des CPAS déjà exsangues pourront-ils absorber ce choc ? Sans parler des nombreux licenciements (ou des non-remplacements) qui vont se multiplier dans les différentes communes. A l’origine de ces licenciements, on retrouve notamment des décisions prises… au niveau européen et approuvées aux échelons fédéral et régional. Retour au TSCG.

La Belgique n’est pas encore la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Mais comme la France, nous prenons la mauvaise direction avec un effort d’austérité qui représente plusieurs fois la Loi unique qui valut à la Belgique son plus long conflit social en 1960-61. Et comme ailleurs, les replis identitaires, la stigmatisation des plus précaires et des chômeurs, l’exclusion de toutes celles et ceux qui n’ont pas la même couleur de peau ou la même religion ne cessent de grandir. Au point que deux ministres, une en Italie et une en France, se voient renvoyées au rang de sous-humains. Femmes et de couleurs, une double discrimination que vivent bien des gens. « Diviser pour régner ». Cette maxime, le capitalisme et ses laquais ont toujours su l’utiliser. Il est du rôle de la gauche de jouer l’unité et de travailler au rassemblement contre les vrais responsables et non d’attiser des tensions gonflées artificiellement. Ne nous trompons pas d’ennemi ou de colère !

Dans les années 1920-30, la crise a poussé une frange importante des classes moyennes dans les bras d’un fascisme largement appuyé par le capitalisme. Ce désarroi de l’époque, de nombreux travailleurs le ressentent aujourd’hui, désarmés qu’ils sont devant des mesures antisociales qui commencent à les toucher mais auxquelles ils ont du mal à croire. Et ce d’autant plus que cette régression sociale est le produit de décisions politiques prises dans des coalitions où la gauche est au pouvoir avec des partis de droite.

C’est à cette gauche que nous nous adressons. Ressaisissez-vous, Camarades ! Les mots et les postures morales ne suffisent plus. C’est de résultats concrets que les travailleurs ont besoin. On ne lutte pas contre la montée de la droite et de l’extrême droite en reprenant leurs idées, mais en assurant la prospérité du plus grand nombre, en (re)donnant des perspectives aux jeunes générations et en mettant la solidarité en avant. Aujourd’hui, cela nécessite de revenir à un discours de rupture avec ce système qui détruit petit à petit mais de plus en plus rapidement, toutes les conquêtes sociales du monde du travail. Cela nécessite un réel projet de transformation de la société.

Égidio Di Panfilo, Secrétaire Général SETCa Liège


 

[1]Lori M. Wallach, Le traité transatlantique, un typhon qui menace les européens in Le Monde Diplomatique, novembre 2013. Voir aussi le livre de Bruno Poncelet et Ricardo Cherenti Le grand marché transatlantique et le site www.no-transat.be

[2] Voir la prise de position de Claude Emonts, président de la Fédération wallonne des CPAS dans La Libre Belgique du 14/11/2013.